La peur de ne pas pouvoir séduire l'autre

Le moment de la rencontre est d'ordinaire propice aux jeux de séduction, où désir et dérobade s'entremêlent avec délice. Adolescente, Justine a surtout testé la dérobade. Mais tout ceci n'avait rien d'un jeu pour elle. Atteinte de psoriasis depuis l'âge de 12 ans, elle a vécu ses premières relations sexuelles à l'âge de 23 ans. " Entre 19 et 22 ans, les lésions s'étaient étendues au visage et à l'ensemble du corps. Lorsque je croisais des garçons, je ne les regardais jamais dans les yeux, j'avais vraiment honte de mon corps. Et plus j'étais stressée, plus le psoriasis se déchaînait ! Dès que je sentais qu'un garçon manifestait quelque attirance envers moi, je m'efforçais de le revoir en groupe pour éviter tout tête à tête. Ou je lui disais que j'étais débordée, que j'avais trop d'activités extra-scolaires pour sortir le soir... Si je n'avais pas souffert de psoriasis à cet âge-là, j'aurais sûrement connu des expériences sexuelles plus précoces ".
Pour séduire, il faut d'abord s'aimer soi-même. Or, le fait d'être atteint de psoriasis peut constituer une véritable blessure narcissique, surtout à l'adolescence où la moindre imperfection peut être vécue de façon dramatique. Lorsqu'on dispose d'une bonne image de soi - qui se construit dans la petite enfance -, on surmonte plus facilement la blessure narcissique que constitue le psoriasis. Certaines personnes parviennent même à insuffler un brin de lyrisme dans leur façon de se présenter à l'autre. Ainsi cette jeune femme de 19 ans** qui, lorsqu'un garçon remarque les plaques de psoriasis sur son épaule, se fend d'un poétique " C'est de la poussière d'étoiles. ". Elle raconte qu'elle est une fée et que seuls les gens spéciaux ont cette maladie, qu'elle a été choisie... Et ça marche à tous les coups !
Pour d'autres personnes, subsiste toujours la crainte d'être rejetées par l'autre : " Il existe en moi une peur d'aller vers de nouvelles femmes car je ne peux anticiper leurs réactions. De fait, je suis plutôt attaché à d'anciennes maîtresses que je connais bien. Ma vie sexuelle aurait sans doute été plus riche sans le psoriasis ", reconnaît Rémi, 43 ans, qui souffre de la maladie depuis l'âge de 12 ans.
Le retentissement narcissique peut être très important pour les patients en proie à un psoriasis très étendu : " L'une des mes patientes souffrait de psoriasis généralisé avec troubles rhumatologiques, se souvient le Dr Sylvie Consoli, dermatologue et psychanalyste. C'était inimaginable pour elle de parvenir à séduire un homme. Mais cette femme connaissait déjà des difficultés à vivre sa féminité bien avant l'apparition de la maladie ". Une récente étude montre par ailleurs que les femmes souffrant de psoriasis seraient plus vulnérables à la stigmatisation sociale et affective véhiculée par la maladie.