La difficulté de parler de son psoriasis à son partenaire

Lorsque les lésions de psoriasis sont visibles, il n'est pas rare qu'on se sente d'emblée hors-séduction. A l'extrême, le regard de l'autre peut être vécu comme inquisiteur, voire menaçant. Lorsque les plaques sont dissimulées par les vêtements, se pose un cruel dilemme : à quel moment parler à l'autre de mon psoriasis ? Faut-il attendre que l'on soit dans l'intimité ? Si j'en parle, ne risque-t-il pas de mettre fin à cette idylle naissante ?
La peur d'être rejeté par l'autre n'est jamais très loin. Même si les médias abordent souvent le thème du psoriasis, de nombreuses personnes pensent encore que le psoriasis est une maladie contagieuse. N'oublions pas que la lèpre et le psoriasis furent confondus durant des siècles ! Reste que bon nombre de patients atteints de psoriasis ont tendance à projeter leurs propres peurs sur leur partenaire, s'imaginant que le psoriasis ne les rend pas désirables, que l'autre n'aura aucune envie de les caresser... Beaucoup reconnaissent que finalement, ce sont surtout eux qui sont en proie à la gêne.
" Lorsque mon psoriasis était dissimulable - pas d'atteinte des mains ni du visage -, je ne parlais pas d'emblée de ma maladie à ma partenaire, confie Rémi. C'était en caressant ma peau que l'autre découvrait mes lésions. Lorsqu'une femme me disait " mais qu'est-ce que tu as là ? ", je me demandais ce que j'allais lui répondre : une blessure ?, une cicatrice ? D'une certaine façon, la tentative de dissimuler mes lésions a favorisé les relations épisodiques qui n'exigeaient aucune justification de ma part. Aujourd'hui, à chaque nouvelle rencontre, je parle de ma maladie avant que nous soyons amants. Je me sentirais fort malhonnête, voire coupable si je cachais mon psoriasis à une femme et qu'elle découvre par elle-même que je souffre de cette maladie ".
" L'attitude du partenaire est essentielle, explique Philippe Brenot, psychiatre et anthropologue. Ainsi toute réaction négative de la part de celui-ci pourra entraîner chez la personne atteinte de psoriasis des inhibitions. Celle-ci se sentira moins désirable et aura du mal à s'abandonner. Les réactions d'encouragement sont les bienvenues, surtout dans le cadre d'une nouvelle relation. "
Elise, 52 ans, souffre de psoriasis depuis l'âge de 10 ans. Lorsqu'elle rencontre celui qui deviendra son mari, elle est en proie à l'angoisse : " j'ai écrit dans mon journal intime que je préférais me suicider plutôt que d'avouer à cet homme que je souffrais de cette maladie. Comme j'étais vierge, l'idée de dévoiler mon corps était plus angoissant encore. Après des mois de tergiversations et de souffrance, j'ai finalement pris les devants : je lui ai tout avoué avant que nous soyons amants. J'aurais pu difficilement faire l'impasse sur le psoriasis car celui-ci formait un véritable casque sur mon cuir chevelu. Il lui suffisait de passer sa main dans mes cheveux pour se rendre compte que ma peau n'avait pas un aspect normal. Heureusement, mon ami a été très compréhensif ! "
D'autres, comme Justine, préfèrent ne pas parler de leur psoriasis à leur partenaire et le mettre devant le fait accompli : " La première fois que j'ai fait l'amour avec mon ami, il a essayé de dédramatiser. Il n'a pas compris pas pourquoi j'y attachais autant d'importance... Moi, je me lève chaque jour et je me couche chaque soir avec mon psoriasis. Et même lorsque les squames ont disparu, subsistent des tâches blanches, d'autant plus visibles que ma peau est très mate. Comment, dans ce contexte, oublier que je souffre de psoriasis ? "