Les stratégies thérapeutiques

 

L'annonce du diagnostic
L'annonce du diagnostic constitue souvent une épreuve pour l'enfant et sa famille car le psoriasis est une dermatose chronique qui a des répercussions sur la qualité de vie des jeunes patients. Même si on bénéficie à l'heure actuelle de thérapeutiques efficaces, on ne parvient pas encore à guérir de cette maladie.
Du fait de la dimension héréditaire du psoriasis, les parents sont souvent en proie à des sentiments de culpabilité, surtout s'ils sont eux-mêmes atteints de la maladie. Une enquête** portant sur une centaine de psoriasiques a d'ailleurs montré que 11 % d'entre eux ne souhaitaient pas d'enfant en raison du risque de transmission héréditaire de la maladie. D'autre part, les parents peuvent céder à l'inquiétude lorsqu'ils apprennent que les stress sont des facteurs déclenchants de poussées. Enfin, les parents ressentent aussi une sensation d'impuissance face à l'annonce du diagnostic. Ils ne savent en effet pas comment s'y prendre avec leur enfant pour l'aider à mieux vivre avec sa maladie.
C'est la raison pour laquelle les dermatologues informent l'enfant et sa famille sur le psoriasis tout en les aidant à dédramatiser, notamment en leur rappelant que l'hérédité ne saurait à elle seule être responsable de sa survenue.
** Ramsay B. O'Reagan M.A Survey of the social and psycological effect of psoriasis, Br Dermatol 1988; 118 : 195-201

Les différents traitements
Le traitement proposé par le dermatologue dépend non seulement de la forme clinique du psoriasis, mais également de la demande thérapeutique de l'enfant - s'il est en âge de pouvoir s'exprimer - et de ses parents. Il s'agit de mettre en place une véritable alliance thérapeutique afin de cibler ensemble le traitement le mieux adapté au cas de l'enfant. Plus encore que pour l'adulte, il est essentiel d'évaluer les bénéfices-risques du traitement surtout pour les traitements généraux. Compte tenu de la toxicité de certains médicaments, le dermatologue dispose pour l'enfant d'une palette de thérapeutiques moins étendue que pour l'adulte.
Comme pour l'adulte, le traitement du psoriasis juvénile s'envisage le plus souvent comme un traitement séquentiel (on change de traitement tous les trois mois). Les lésions étant plus discrètes durant l'été grâce aux expositions solaires, le traitement redémarre lorsque surviennent de nouvelles poussées et se poursuit jusqu'au blanchiment des lésions.

Traitements locaux
Le traitement du psoriasis de l'enfant ne comporte la plupart du temps que des soins locaux.

 

  • Il faut d'abord hydrater la peau, notamment par des bains avec des produits émollients et des crèmes hydratantes.

  • Les pommades à base de corticoïdes offrent de bons résultats sur les lésions érythémateuses. Pour un décapage maximal, les lésions localisées peuvent bénéficier d'un traitement sous occlusion (après application d'une pommade, la peau est recouverte d'un film plastique ) à l'hôpital, voire à domicile.

Lorsque la peau est bien décapée, on préconise des topiques dérivés de la vitamine D tout en poursuivant le traitement par dermocorticoïdes sans occlusion et en espaçant les applications.

Traitements généraux
Pour les psoriasis très étendus ou les formes sévères, et lorsque la maladie altère vraiment la qualité de vie du jeune malade, le dermatologue propose un traitement par voie générale

Vincent est un garçon de 6 ans atteint de psoriasis depuis l'âge de 8 mois. Les traitements locaux, puis les séances de puvathérapie et de d'UVB n'apportant aucun résultat, le dermatologue prescrit un traitement de par voie orale. Sa maman témoigne : " Vincent avait des lésions sur les mains et les pieds. Sur la plante des pieds, la peau était très fissurée. Ses mains comportaient d'énormes crevasses. Il ne pouvait plus se rendre à l'école et était très atteint moralement. Devant tant de souffrance, on a décidé avec le dermatologue de démarrer un traitement de ciclosporine. Quelques semaines plus tard, Vincent a retrouvé sa mobilité et peut à nouveau écrire. Mais nous sommes conscients que ce traitement " lourd ", qui nécessite des examens de sang tous les quinze jours et une visite hebdomadaire chez le dermatologue, ne pourra pas se poursuivre sur une très longue période ".

Les traitements généraux ayant des effets secondaires importants, il est important de mettre en balance leurs avantages et leurs inconvénients avec l'enfant et sa famille avant d'opter pour telle ou telle stratégie thérapeutique. Ils sont généralement prescrits sur une durée très limitée et s'accompagnent obligatoirement de certaines mesures de surveillance.

La puvathérapie est en principe réservée aux enfants de plus de 15 ans car elle est susceptible d'augmenter le risque carcinogène. Mais les enfants souffrant de psoriasis étendus et rebelles aux autres thérapeutiques peuvent bénéficier de quelques séances de puvathérapie à titre exceptionnel.
Les séances de photothérapie à UVB sont également déconseillées aux enfants, mais certains dermatologues y ont parfois recours en cas de psoriasis graves et résistants.
Les rétinoïdes sont utilisés pour traiter les psoriasis pustuleux, éryhtrodermique et le rhumatisme psoriasique. Les enfants traités font l'objet d'une surveillance particulière afin de vérifier que ces médicaments ne retentissent pas négativement sur leur courbe de croissance.

Les immuno-suppressseurs comme certains immuno-suppresseurs sélectifs ou certains antinéoplasiques ou les inhibiteurs du TNF Alpha sont parfois prescrits, mais uniquement après échec des autres thérapeutiques. Ces traitements donnent également lieu à une surveillance accrue, en raison du risque carcinogène qu'ils induisent.