Psoriasis et neurobiologie

La neurobiologie étudie les aspects biologique et biochimique des relations entre le psychisme et le corps. Vers le milieu des années 90, des recherches ont montré que les cellules cutanées sont elles-mêmes capables de fabriquer des neuromédiateurs, des peptides (petites protéines).
Avant cette découverte essentielle, on pensait que seules les cellules nerveuses (neurones) pouvaient fabriquer des neuromédiateurs. Sur les deux cents neuromédiateurs répertoriés, une vingtaine sont fabriqués par les cellules cutanées et se trouvent donc dans la peau.
C'est pourquoi les recherches sur le psoriasis portent actuellement sur le système " neuro-psycho-immuno-cutané " dans son ensemble : il s'agit d'étudier les liens complexes existants entre neurobiologie, psychisme, immunologie et peau pour comprendre les mécanismes d'action de la maladie.
Des recherches ont par ailleurs montré des concentrations anormales de certains neuromédiateurs dans la peau psoriasique. Ces substances sont justement impliquées dans le processus inflammatoire et notamment dans la multiplication excessive des kératinocytes (les cellules de l'épiderme), responsables des lésions de psoriasis.
Dans l'épiderme, les cellules de Merkel (cellules issues des kératinocytes) semblent, elles aussi, impliquées dans le psoriasis : elles fabriqueraient certains neuromédiateurs en excès. Mais elles sont loin d'avoir livré tous leurs secrets.
La plupart des chercheurs pensent que la concentration de ces neuromédiateurs est sous l'influence de divers stimuli internes et externes. Autrement dit, le stress, l'anxiété, la dépression seraient susceptibles de modifier certains paramètres neurobiologiques et d'entraîner des modifications au niveau cutané.
Ce champ de recherche neurobiologique semble très prometteur et ouvrira la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques.
Dans une dizaine d'années, apparaîtront peut-être des médicaments capables d'inhiber tel neuromédiateur, de stimuler tel autre, et de mieux contrôler le processus inflammatoire à l'œuvre dans le psoriasis.

Les liens privilégiés entre système nerveux, cellules immunitaires et peau
Le système nerveux et l'épiderme ont la même origine embryonnaire puisqu'ils proviennent tout deux de l'ectoderme, le plus externe des trois feuillets embryonnaires. Et même s'ils se différencient ensuite au cours de la vie embryonnaire, ces deux tissus n'en gardent pas moins des liens privilégiés.
Tout au long de la vie, subsistent des connexions anatomiques très étroites entre cellules nerveuses et cutanées. Les cellules cutanées sont munies de récepteurs fonctionnels, dont le but est de capter certains neuromédiateurs (vecteurs chimiques de l'information nerveuse). Ainsi fixés à une cellule cutanée, ils entraînent un certain nombre d'effets au niveau de la peau.
Ces neuromédiateurs interviennent notamment à toutes les phases de la cicatrisation et interagissent avec les cellules de l'immunité cutanée, les cellules de Langherans, présentes dans l'épiderme. Cet équilibre subtil et permanent se trouve bouleversé dès lors qu'apparaissent des maladies de peau, dont le psoriasis.

 

Avec la collaboration du Dr Sylvie Consoli, dermatologue et psychanalyste et du Pr Laurent Misery, dermatologue, chercheur et auteur de La peau neuronale (Ellipses)

 

Bibliographie
-"Psoriasis and stress", Seville RH., I, British Journal of Dermatology 1978; 97 : 297-302.
II British journal of dermatology 1978; 98 : 151-153
-"Le moi-peau" de Didier Anzieu , Ed Dunod ; 1995
-" Les Cinq Sens", Michel Serres, Ed Hachette Pluriel Référence